La France vient de chuter, plus de AAA

Publié le 18 janvier 2012 par Dracko. Un Commentaire

Standard And Poor sJ’ai publié en novembre, un article intitulé En Europe, échec et mat dans lequel je terminais en disant que le AAA de la France était condamné à court terme, et bien voilà, nous y sommes, Standard & Poor’s (S&P) l’a fait, avec raison et lucidité quoi qu’on en dise: la France est dégradée. La perspective négative attachée à cette nouvelle note devrait, sauf miracle, amener une nouvelle dégradation cette année. Moody’s pour sa part conserve pour le moment la perspective stable de la note AAA de la France, mais nuance cette nouvelle en annonçant une actualisation des notes des pays de l’Union Européenne durant le premier trimestre 2012. Accrochez-vous bien au pinceau, il n’y a déjà plus d’échelle…

Petit extrait, rappel important, datant de fin octobre. Les discours sont maintenant quelque peu différents, cela montre bien la toute relativité des vérités qui nous sont assénées au quotidien…

Les marchés viennent donc de dire clairement que nos politiques ne font rien depuis trop longtemps, ils ne sont plus crédibles. Comment l’être quand on explique en octobre que les plans de rigueurs sont indispensables pour sauvegarder un AAA, preuve de bonne gestion d’un pays, et que trois mois plus tard, une fois ce même plan mis en branle, on raconte une belle histoire où ce AAA finalement ne sert à pas grand chose. Très bien, alors annulons les plans de rigueur qui ne servent qu’à anéantir tout espoir de retour à la croissance, à accélérer l’appauvrissement des peuples et à faire monter la peur. La période actuelle est décidément bien sombre. La restructuration impossible de la dette grecque est le parfait symbole de la démence de notre situation. Un tout petit pays est en train de faire s’écraser l’économie européenne tout entière. C’est surréaliste.

Depuis quelques mois, tout le monde est économiste en France. Ainsi, ce même tout le monde sait maintenant que les évaluations faites par les agences de notation servent de base de travail aux investisseurs, qui prêtent de l’argent aux Etats en achetant leurs obligations. Et qu’ils le font à des taux d’intérêt plus élevés lorsque les notes se dégradent. Mais, il est vrai comme l’affirment les beaux parleurs en ce moment dans les médias, que cette baisse était en grande partie anticipée par les marchés, tant dans les cours que dans les taux.

Ce qui est grave par contre, et dont pourtant on ne parle que très peu ou pas du tout, c’est que cela va avoir des conséquences en série sur les collectivités locales. Leurs financements seront encore plus coûteux car les taux des obligations d’Etat servent de référence pour les autres types d’emprunts publics. Et pour compliquer encore les choses, ces collectivités vont aussi voir leur cotation se dégrader mécaniquement: nulle collectivité ne peut avoir une meilleure note que l’état, tout le monde est dégradé d’un cran au minimum. C’est terrible en terme de coûts à venir, pour des collectivités qui étaient déjà minées par des dettes astronomiques (et en pleine tourmente Dexia), alors attendez-vous à de nouvelles hausses conséquentes de vos impôts locaux…

Pour ce qui est du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) à l’origine destiné à aider les pays en difficulté, S&P vient de faire savoir qu’elle le dégradait aussi, amplifiant instantanément le coût des plans d’aide à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande. Il ne reste que la solution du FMI à ce jour, mais les apports de fonds prévus pour le renforcer sont fortement compromis dès à présent par cette cascade de dégradations et de mises sous surveillance. Les sommets européens de la dernière chance ont été innombrables ces derniers mois, les prochains en verront encore  beaucoup d’autres. Je suis toujours étonné de voir qu’on a le plus souvent l’impression d’être dans une cours d’école que devant des hommes conscients de ce qui est en cours, du mouvement qui a été initié il y a maintenant très longtemps et dont nous n’avons plus le contrôle.

Nos politiques, français et européens, sont consternants et ne tirent aucun enseignement des évènements. Tout le monde s’agite devant des petites phrases, tente de se mettre en avant dans des annonces post-réunions vides de décisions, semblant tous perdus dans le vide qu’ils créent eux-mêmes. Au final, rien ne se passe, rien ne se fait, tout se perd, surtout le temps. Leurs seules conclusions, quel que soient leur parti, c’est de faire payer leurs contemporains, les pauvres, les riches, cela ne dépendra que du pouvoir en place et ne sera qu’une question de temps pour que tout le monde y passe. Avec pour seule certitude, un seul et même résultat, une régression sociale collective comme jamais auparavant, sans rien résoudre malheureusement.

Réfléchissez à la médecine par exemple. L’espérance de vie en hausse depuis longtemps commence à se stabiliser, voire s’inverser dans nos pays dits civilisés. Pourquoi? La médecine existe, mais elle devient inabordable pour beaucoup. L’accès aux soins devient un privilège et des maladies éradiquées depuis longtemps réapparaissent. On se soigne moins, ou plus du tout, quand il faut choisir entre le médecin ou la nourriture pour ses enfants. Je sais je caricature, mais c’est l’idée et je préfère de loin la caricature au fleuve technique de démonstration. Les seules décisions prisent actuellement dans tous les pays en difficulté, sont de mettre fin à des pans entiers de leurs systèmes sociaux. Au prétexte qu’une minorité a abusé, s’en mettant plein les poches depuis des dizaines d’années, la majorité va payer les pots cassés. Si au moins c’était pour changer les choses en profondeur, cela pourrait être tolérable, mais rien ne change, le système reste le même et les abus vont même en s’amplifiant car les caisses publiques semblent sans fond, on y puise à volonté et en masse.

TerreJe ne pense pas qu’il y aura une sortie de crise avec notre système actuel, ni dans un an ni dans dix. Nous sommes arrivés au bout de ce système, tirer sur la corde a été le sport mondial depuis de nombreuses décennies maintenant. Après trente glorieuses, les arbres ne montant pas jusqu’au ciel, on ne pouvait que stagner avant de tomber, violemment. Nous sommes sur une planète, la Terre, qui par nature est limitée. Nous voudrions une croissance exponentielle, qui par nature est illimitée. C’est incompatible, c’est impossible. Tout à une fin sur Terre, c’est la nature et elle sera toujours la plus forte, comme elle le rappelle parfois de façon catastrophique.

Que ce soit la démographie, l’énergie, l’alimentation, l’éducation, l’écologie, nous avons abusé de tout de façon égoïste. Je dis nous, mais je devrais dire nos ainés, car nous sommes malheureusement actuellement en plein coeur d’une tourmente qui n’en finit plus, certains appellent cela une génération sacrifiée. Je pense qu’il ne faut pas raisonner en terme de génération, mais d’humanité. C’est l’humanité que nous avons sacrifié. Je parle de ce qui fait de nous des humains, les choses qui font de nous autre choses que des animaux, des Hommes intelligents, doués de raison et de conscience. Théoriquement du moins, car nous sommes devenus solitaires, individualistes, égoïstes, noyés sous les moyens de communiquer et communiquant de moins en moins. Sommes nous toujours dotés de raison et d’intelligence? Parfois j’en doute, c’est finalement bien une sorte de fin du monde en 2012, pas hollywoodienne, mais la fin d’un monde en tout cas, c’est pour ma part certain. Sauf à changer totalement et radicalement, le mur se rapproche dangereusement et nous avons le pied posé sur l’accélérateur malgré les alarmes qui retentissent de toute part…

Pour ceux qui veulent comprendre ce qui va se passer, malgré les discours léthargiques de nos dirigeants, c’est simple: le coût de la dette va exploser de façon mécanique et ingérable. Car en résumé, le pacte de stabilité européen exige que le taux de croissance d’un pays soit supérieur au taux moyen auquel il emprunte. Ainsi, un pays qui emprunte à 3% doit avoir une croissance supérieure à 3%, s’il emprunte à 4%, sa croissance doit être supérieure à 4%, et ainsi de suite. Je vous laisse imaginer ce qui se passe avec une croissance atone et des taux de prêts en augmentation compte tenue de la dégradation des marchés!

Le mois de février va encore être rempli de nouvelles peu rassurantes et d’annonces de changements présentés comme obligatoires. C’est déjà palpable dans la vie quotidienne, des plans sociaux sont annoncés chaque jours dans des entreprises qui disaient pourtant aller bien, des entreprises dont les noms nous sont familiers, dans la culture, l’automobile, la finance et puis les autres. Ne lâchez pas le pinceau vous dis-je, on ne retrouve plus aucune échelle…

Nous sommes dans un cercle vicieux qui va aller en s’amplifiant en 2012: les marchés sanctionnent les états, qui attaquent les marchés, qui sanctionnent les états… L’avenir de l’euro, avec une Europe en récession durable, est plutôt sombre. Année de transition avec ses échéances électorales de deux cotés de l’Atlantique, et certainement d’autres manifestations et même soulèvements de populations à travers le monde, un nouveau système modernisé devrait commencer à se créer en 2012. Les Etats-Unis, en guerre financière avec l’Europe, sont arrivés au dernier stade de leurs vaines agitations pour garder le pouvoir financier. Les pays émergents (BRICS) finissent d’émerger, et si ils arrivent à gérer leurs problèmes sociaux, ils devraient avoir les premiers rôles. Si ces problèmes les dépassent, ils sont perdus, alors ce sera leur véritable priorité car en cas de succès, ils pèseront fortement sur les décisions internationales et dans ce cas, 2013 devrait laisser deviner un autre système international.

Bref, Noel est passé, mais ça sent encore très fort le sapin…

Morceaux choisis du Communiqué S&P du 13 janvier 2012

(…) L’abaissement [de la note française] reflète notre opinion quant à l’impact de l’aggravation des problèmes politiques, financiers et monétaires dans la zone euro (…) et les déclarations ultérieures de la part des responsables, nous amènent à penser que l’accord conclu n’a pas produit une avancée de portée et d’ampleur suffisante pour traiter entièrement les problèmes financiers de la zone euro.

(…) nous pensons qu’un processus de réforme reposant seulement sur le pilier de l’austérité budgétaire risque de devenir auto-destructeur, avec une demande intérieure déclinant parallèlement à la montée des inquiétudes des consommateurs au sujet de la sécurité de l’emploi et du revenu disponible, érodant ainsi les recettes fiscales des nations.

(…) En conséquence, en accord avec nos critères publics d’évaluation des Etats, nous avons révisé à la baisse la note politique que nous attribuons à la France. Ceci reflète notre point de vue sur l’efficacité, la stabilité et la prévisibilité de la politique de l’Europe et de ses institutions politiques (avec laquelle la France est étroitement intégrée) qui n’ont pas été aussi forte que ce que nous pensons nécessaire face à la la gravité de ce que nous voyons comme une crise financière de l’eurozone qui s’étend et s’aggrave.

(…) Les notes attribuées à la France continuent de refléter notre point de vue sur son économie prospère, vigoureuse et riches et diversifiée, et sa main-d’œuvre hautement qualifiée et productive. Nous jugeons que ces forces sont partiellement contrebalancées par un niveau relativement élevé de dette publique en France, ainsi que ses rigidités du marché du travail. (…)