Geste commercial

Publié le 26 septembre 2011 par Dracko. 4 Commentaires

ClientsPour ceux d’entre nous qui travaillent, c’est bien souvent au contact d’une clientèle. Quelle que soit celle-ci, nous avons tous, à un moment ou un autre vécu ce moment qui généralement, se produit peu après le début d’une journée pourtant débutée agréablement.

Un étincelant soleil brille de mille feux au-dehors et des collègues, sifflotent en-dedans. Mais cette quiétude est soudainement brisée, par le claquement brutal du loquet de la porte des lieux. C’est un client passablement énervé, dont la violence de l’arrivée laisse supposer un problème urgent, peut être même une question de vie ou de mort. Les têtes présentes se tournent, parfaitement synchronisées…

Il est tôt, le café pas encore servi, mais aussitôt que les yeux se posent sur lui, nous le reconnaissons. C’est lui, l’un de nos plus gros clients, qui fait parallèlement partie de notre top cinq des casse-couilles. Il lutte depuis longtemps pour atteindre la première place, et quelque chose dans son attitude nous dit que ce matin, il va améliorer son classement…

Dans une telle situation, c’est bien entendu en mode commercial que l’interception se fait. Sourire chaleureux et subtil, c’est à dire partant d’une oreille et arrivant à l’autre, tout en passant par une rangée interminable de dents. Naturel quoi.

Après les salutations de rigueur, l’urgence vitale apparait au grand jour et toute l’assemblée profite du spectacle. Le visiteur discute avec virulence de la facturation d’un duplicata. En effet, celui-ci est arrivé chez lui à sa demande, et a été facturée 2 euros à la nôtre. Ce dernier point le choque, l’indispose et l’énerve.

Le triste sire conteste donc nos modestes émoluments, très largement mérités étant donné la masse considérable de travail abattue par l’ensemble des équipes. Il admet, certes que ce document datant de presque 10 ans, a nécessité une recherche longue et fastidieuse pour l’un de nos salariés, mais quand même, deux euros c’est cher. D’autant que si il avait su, il l’aurait cherché dans son dossier car il sait qu’il y est…

Le pauvre homme explique donc qu’il se trouve fort dépourvu alors même que la bise n’est pas encore venue, et que son Porsche Cayenne étant mal garé, si nous pouvions régler le problème rapidement en le remboursant, nous serions gentils. Bref, il n’a pas que ça faire…

Bien entendu, l’ironie de la situation fait que pour deux euros, il est tentant d’organiser une petite quête rapide auprès des présents, mais à coup sûr, il serait vexé . Alors, nul autre choix que d’accéder favorablement à sa demande. Qui d’autre que lui pourrait se fâcher pour deux euros. Bien sûr, il affirme que c’est pour le principe, pas pour le prix. C’est comme toujours, l’argument avancé par ceux qui n’en ont aucun, de principe…

A nouveau heureux et souriant, conforté dans son bon droit par notre réponse positive, il se dirige d’un pas léger vers la porte, mais dans l’autre sens, le meilleur à notre goût. Il faut alors se contenir, se contenter de le raccompagner, éviter tout acte irrémédiable…

Car je suis certain que la finesse de la réponse consistant à laisser se replier sa main en allongeant le majeur par dessus les autres doigts, serait interprétée autrement que comme ce geste commercial tant désiré…