UBS – Banque, impair et manque

Publié le 21 septembre 2011 par Dracko. 5 Commentaires

UBSLe 15 septembre 2011, la banque suisse UBS a annoncé une perte de 2,3 milliards de dollars. C’est dans la version officielle, la conséquence directe des prises de positions non autorisées par l’un de ses traders londonien, M. Kweku Adoboli, opérant sur un desk Delta One.

En simplifiant beaucoup, un desk Delta One travaille sur des produits dérivés dont le prix varie à peu près à la même amplitude que celui dont ils dérivent (le sous-jacent). Le delta représente la sensibilité du produit dérivé (sa variation de prix par rapport à son sous-jacent). La spécificité Delta One est utilisée pour les « Futures », ainsi par exemple, si un indice comme le CAC 40 progresse de 1%, un contrat Future CAC 40 variera entre 0,9 et 1,1% et le delta des deux sera proche de 1 d’où « Delta One ». La gestion en delta a normalement pour objectif de couvrir une position, de border les risques. C’est très résumé, mais tout cela pour dire que le Delta One est souvent réservé aux traders débutants, car les opérations réalisées sont relativement simples.

Le trader d’UBS aurait d’après la rumeur, outrepassé presque une dizaine de fois à lui tout seul, l’ensemble des compétences de la division Equity, et cela depuis 2008. Ayant quelques relations, tant en Salles de Marché qu’en services d’Audit Interne bancaires, j’ai du mal à m’expliquer comment et pourquoi la banque n’a rien vu. Mais ce n’est pas la première fois, plus de trois ans après, je n’ai toujours pas compris pour la Société Générale non plus… Car oui, c’est dans les grandes lignes la même configuration que l’aventure de cette banque avec son trader, M. Jérôme Kerviel et ses 7,2 milliards de dollars. Notons qu’avec 2,3 milliards pour UBS, c’est petit joueur…

Les banques sont passées d’un système assurant des opérations simples de change ou de marché, vers des activités plus risquées telles que le crédit aux entreprises et aux particuliers. Ces activités étaient maîtrisées, leur échelle, encore humaine, permettait de quantifier les choses. Aujourd’hui, les banques sont de plus en plus grandes et puissantes, et malheureusement pour nous, dorénavant bien plus que nos états… Leurs activités sont devenues inhumaines dans leurs montants ou leurs volumes. Avec des automates pouvant générer des millions d’opérations à la seconde, plus rien n’est quantifiable humainement, les chiffres valsent. De moins en moins choquants, bien que de plus en plus grands, car depuis longtemps hors de notre échelle de valeurs individuelle. Ainsi, perdre 10 millions ou 10 milliards ne surprend plus personne, voir même tout le monde s’en fiche. Ce sont des chiffres au milieu de tant d’autres et nous ne nous rendons même plus compte de ce que cela représente réellement. Si tant est que nous l’ayons su un jour tellement ce sont des sommes astronomiques.

C’est incroyable de voir que rien n’a changé ces dernières années malgré les crises. C’est pourtant inévitable d’assister à l’agonie de cette forme de capitalisme qui voudrait une croissance exponentielle dans un monde, la Terre, par nature limité.

Nous avons assisté à des discours politiques dans tous les sens, des réunions indénombrables et sans fin, des rendez-vous sans cesse annoncés et des conclusions débitées sans jamais aucune décision concrète. Des effets de manches et du vent de la part de tous les politiques depuis plus de quatre années. Il faut les comprendre, ils sont avec les grands argentiers, ceux qui profitent de ce système. Ils ne vont pas se tirer une balle dans le pied, ils vont pousser le système dans ses derniers retranchements. Ce qui est certain, c’est que tout s’accélère et même ces gens là commencent à se sentir dépassés par les évènements. Les rideaux de fumée sont moins opaques, la tempête souffle dorénavant trop fort…

L’année dernière si j’ai bonne mémoire, au sortir d’une énième réunion de crise, un banquier de Wall Street avait répondu aux journalistes l’interrogeant, par une phrase formidable :

« avant cette réunion, nous étions au bord du gouffre, et bien sachez que nous avons fait un grand pas en avant… »

5 commentaires pour “UBS – Banque, impair et manque”

  1. Posté par nat le

    et dire qu on nous emmerde pour un petit impayé,impôt,trop perçu de ci ou de ça,congé maladie etc etc etc pendant que d autres,puissants en tout genre et leurs sous fifres s engraissent joyeusement! Cette situation ne pourra pas durer éternellement,même si j ai des doutes sur un réveil massif des consciences pour le moment, quand on sera une majorité à bouffer des cailloux un début de changement sera pêtre possible. Moi le truc qui m hallucine c est qu on est en rien responsable de ce bordel et qu on accepte le fait de payer pour des pourris.. Pêtre a t on était trop conditionné à obeir et à pousser notre individualisme au maximum pour réagir et se poser les bonnes questions. Très intéressant ton article.

    • Dracko Posté par Dracko le

      Nous sommes toujours dans la Rome antique, aujourd’hui, le principe de donner « du pain et des jeux » au peuple permet toujours de faire en sorte de ne pas parler des véritables problèmes. Il y aurait beaucoup à dire, un tas de trucs même…

      • Posté par kao le

        du pain pour combien de temps ? on est mal là ………………..

  2. Posté par cassiopée le

    UBS ? peut-être qu’il se venge de ça :
    http://www.lepoint.fr/insolite/la-banque-suisse-ubs-impose-un-code-vestimentaire-rigoureux-a-ses-employes-15-12-2010-1275444_48.php

    Plus sérieusement, ça me rappelle le livre de Vivianne Forester « l’horreur économique » (http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Horreur_économique). Même l’entreprise dans laquelle je bosse a été rachetée par un fonds d’investissement au doux nom d’Octopus… ouais une pieuvre, ça laisse rêveur hein ?

    • Dracko Posté par Dracko le

      J’avais aussi lu cet article à l’époque des faits, de quoi rêver, 1984 n’est plus très loin…
      Faisant partie de la filiale française d’un groupe qui pèse des milliards et emploi plus de trois cent mille personnes, je vois parfaitement le genre de rêve dont tu parles.